Démocratie: alerte ravageurs!

03.03.2022
1/2022
Annonce

1989, la chute du mur de Berlin, le triomphe de la démocratie, même la fin de l’histoire s’est-on exclamé. Vraiment? Une victoire par forfait n’est jamais un triomphe. Après l’euphorie, c’est en effet le désenchantement. La démocratie ne se porte pas bien.

Un glissement vers l’autoritarisme, l’affaiblissement de l’état de droit, l’appel à l’homme fort et providentiel, un repli sur soi-même, un nationalisme exacerbé et une hostilité envers l’étranger sont les symptômes inquiétants qui affectent la plupart des démocraties. C’est le résultat du populisme, dit-on. Je pense au contraire que le populisme est la conséquence et non pas la cause d’une telle évolution et que le mal-être actuel est dû à des dynamiques dangereusement divergentes.

Alors que l’économie se mondialise très rapidement avec la naissance de colosses redoutablement puissants sans plus de véritables attaches avec leur pays d’origine, les institutions et le cadre normatif restent essentiellement limités aux frontières nationales. La gouvernance ne colle pas à la réalité.

A cela s’ajoute une autre évolution qui ne fait qu’exaspérer le désarroi du citoyen et sa perte de confiance dans les institutions: l’accentuation des inégalités, l’injustice. La pandémie ne fait que souligner ces phénomènes. Les défis auxquels est confrontée aujourd’hui l’humanité sont d’une gravité et d’une complexité sans précédent. Après l’insouciance des trente glorieuses, nous faisons face à une situation qui suscite des craintes quant à l’avenir ainsi que la recherche confuse et désemparée de certitudes et d’un sentiment de sécurité.

La peur, on le sait, est mauvaise conseillère, mais, associée au mensonge, elle est également un instrument de pouvoir aussi pervers qu’efficace. La politique, les médias et les scientifiques jouent un rôle essentiel pour la sauvegarde de la démocratie: proposer une information correcte, un dialogue constructif et apaisé ainsi qu’une vision qui aille au-delà de la gestion de l’immédiateté. La démocratie est une plante délicate, exigeante, elle ne pousse pas partout, elle a besoin d’un terroir fertile, de beaucoup d’attention et de soins constants.

Elle ne survit pas à l’indifférence.